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Les abeilles : en savoir plus pour ne pas en avoir peur

 

La découverte d’un essaim d’abeilles dans son jardin peut être source d’inquiétude pour certains. Quelle attitude adopter et quels réflexes avoir afin de gérer au mieux cette situation ? Récit d’une intervention sur le site de la Direction de Semoy qui apporte quelques conseils.

 Philippe AUGAUDY coupe une branche sur laquelle c'est posé un essaim

 

Le printemps, la saison des abeilles

Les températures sont basses en cette fin de mois de mai… mais c’est tout de même le printemps et les abeilles elles ne l’ont pas oublié. Elles ont entrepris la récolte du nectar, pour produire notamment du miel et permettre une bonne pollinisation1. C’est également la période où ces dévouées ouvrières de la nature élèvent leurs reines et divisent la ruche pour assurer l’avenir de leur espèce. A ce moment-là, il n’est pas rare de voir apparaître un nouvel essaim chez soi. Lorsque l’essaim est installé, l’image est assez impressionnante : des dizaines de milliers d’abeilles se regroupent autour d’une branche dans un bourdonnement assourdissant. Peut-être pourrait-on être tenter de prendre une bombe d’insecticide pour les éliminer. Une réaction qui se révèlera improductive et dangereuse au final.

 Pour connaître la réaction la plus appropriée, nous avons pris contact avec le Caporal-chef Philippe AUGAUDY, sapeur-pompier professionnel depuis 2002 au centre de secours principal (CSP) d’Orléans Nord et apiculteur passionné depuis toujours.

« C’est mon père qui m’a transmis sa passion. Il la tenait déjà lui même de son père. Quand j’étais enfant, les abeilles rythmaient notre vie. Nous ne partions pas en vacances quand la période de la récolte du miel approchait par exemple. Il possède 200 ruches dans la Creuse (23) et je l’aidais à s’en occuper avec mon frère. Il y a trois ans, j’ai eu le désir d’avoir mon propre rucher2. Je me suis mis en quête d’un lieu idéal, ce qui n’est pas évident à trouver ! Les terrains ne m’appartiennent pas, je demande l’autorisation au propriétaire d’installer mes ruches et d’y accéder. En contrepartie j’entretiens le terrain et je donne des pots de miel. Pour ma première ruche, le CSP me semblait être le lieu idéal ! J’ai donc fait une demande au Commandant Freddy BABIN, le chef de centre, qui a accepté. C’est comme çà que j’ai commencé à produire mon propre miel pour les personnels du centre ! Depuis je me suis développé, j’ai 30 ruches dans le Loiret et j’aide toujours beaucoup mon père dans la Creuse », nous confie t-il.

 Membre de l’équipe animalière du SDIS du Loiret en charge notamment de la récupération de divers animaux, le Caporal-chef AUGAUDY a su allier sa passion et son métier. Son expérience en matière d’abeilles est d’ailleurs profitable à ses collègues.

« Il faut savoir qu’un essaim qui vient de se poser dans un arbre ou un mur n’est pas agressif la première journée (il n’a pas de maison ni de larve à défendre). Si on est allergique, il vaut mieux rester méfiant par sécurité mais sinon le risque est très faible. Cela signifie également qu’il n’est pas nécessaire de le détruire ! Quand un essaim s’installe, il cherche une maison accueillante. Les abeilles sont un peu comme les hommes, si vous leur proposez une maison plus jolie, elles s’y installent. On peut donc récupérer l’essaim sans problèmes s’il est accessible. Un fois récupéré, il suffit de le disposer ailleurs. La seule contrainte est de le déplacer à plus de 3km du lieu où il a été récupéré sinon il s’y réinstalle. Les abeilles suivent la reine donc quand on l’a, le problème est résolu ! »

 

Récit d’une intervention « à domicile »

Le 15 mai dernier, sur le site de la Direction une intervention a eu lieu sur un essaim d’abeilles qui avait élu domicile dans un arbre sur le parking de Semoy. Philippe AUGAUDY est alors contacté par le CTA-CODIS (le centre de traitement de l’alerte) avec l’avis du vétérinaire Vincent BOSQUET pour venir le récupérer gratuitement.

Philippe AUGAUDY enfume l'arbre pour que les dernières abeilles s'envolent

« Tous les ans je me signale au CODIS pour être inscrit sur la liste des apiculteurs à contacter quand il s’agit d’abeilles (comme d'autres collègues sapeurs-pompiers sur l'ensemble du département).  Il faut savoir que les sapeurs-pompiers n’interviennent sur des destructions d’hyménoptères que s’il y a un caractère d’urgence dû à une menace avérée ou si l’essaim se trouve sur la voie publique (école par exemple). La plupart du temps, les personnes qui appellent le 18 sont orientées vers des sociétés privées et c’est à elles d’intervenir et de supporter le coût financier de cette destruction. C’est le cas pour des nids de guêpes ou de frelons asiatiques par exemple. Dans le cas des abeilles, précise Philippe AUGAUDY, il n’y a pas de risques car l’essaim n’est pas agressif. Il n’y a donc bien souvent aucune raison de détruire l’essaim et sa capture fera d’ailleurs le bonheur d’un apiculteur ! »

Une ruchette

Pendant la capture de l’essaim, les abeilles étaient très calmes à l’approche de Philippe, qui pour des raisons de sécurité, avait tout de même revêtu une tenue adéquate. L’apiculteur ouvre alors une petite ruche, appelée « ruchette », dans laquelle il a placé un cadre de miel et d’autres cadres neufs. La suite de l’opération semble être d’une facilité déconcertante. A l’aide d’un sécateur, il coupe les branches sur lesquelles l’essaim s’est posé et les dépose sur le dessus de la ruchette. Rapidement les abeilles prennent la décision d’investir les lieux. En parallèle, Philippe enfume l’arbre pour obliger les dernières récalcitrantes à rejoindre leurs congénères. Une fois les abeilles rassemblées dans leur maison provisoire, il ferme le dessus de la ruchette pour la protéger (une ouverture en bas permet tout de même aux abeilles d’aller et venir). Il laisse la ruchette en place jusqu’à la tombée de la nuit afin de laisser le temps aux dernières abeilles de réintégrer l’essaim. La ruchette est ensuite fermée et prête à être déplacée. En tout, il aura fallu moins d’une demi heure de travail à Philippe pour réaliser cette capture avec un essaim très coopératif !   

La ruchette est fermé

« Bien sûr, il arrive de se faire piquer et les personnes allergiques doivent se méfier des complications, mais pour les autres ce n’est pas dangereux ! précise Philippe. Certes, ce n’est pas très agréable mais personnellement je préfère me faire piquer par une abeille que par un moustique. C’est embêtant moins longtemps ! Et puis n’oublions pas que l’abeille ne pique que pour défendre la ruche et la reine ou pour répondre à une agression. Cette ultime défense lui est d’ailleurs fatale car elle meurt 5 à 10 minutes après. Elles sont un peu plus agressives par temps froid ou orageux mais elles ne sont pas dangereuses… »

 

Une espèce protégée et menacée

Vous l’aurez compris, si vous vous retrouvez face à un essaim, il n’y a pas de raisons de paniquer. Appelez simplement le 18 pour avoir le numéro d’un apiculteur.

« Il est très important de préserver les abeilles. Tout d’abord parce que c’est une espèce protégée et qu’il est interdit de les tuer. L’urbanisation et le bétonnage intensif des villes, réduisent leur espace. Elles ne sont pas des nuisibles, bien au contraire ! »

On constate également que les abeilles sont de plus en plus touchées par une étrange maladie depuis quelques années. Les ruches meurent subitement et on ne sait pas pourquoi… « J’ai perdu beaucoup de ruche et je connais des apiculteurs qui ont vu diminuer de moitié le nombre de leurs abeilles en pleine saison alors même qu’elles avaient de quoi manger ! Personne ne sait à quoi c’est dû mais ce qui est certain c’est que l’homme y est pour quelques chose ! Et pourtant… Albert EINSTEIN disait que si les abeilles disparaissaient, l’humanité n’aurait plus que quatre années à vivre ! Tout le monde n’est pas d’accord avec cette thèse mais ce qui est sur c’est qu’elles jouent un rôle très important dans l’écosystème tel que nous le connaissons aujourd’hui.» conclut Philippe.

Si vous découvrez un essaim d’abeilles, deux possibilités s’offrent à vous. Si l’essaim se trouve dans un lieu public où il est susceptible de mettre en danger les personnes, composez le 18. S’il se trouve à votre domicile, recherchez un apiculteur pouvant prendre en charge le déplacement de l’essaim, soit dans les pages jaunes soit en demandant conseil auprès du 18.

Philippe AUGAUDY vérifi que les abeilles sont en bonne santé

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